nathalieandkyoko

We post stories about the the Great 3.11 Disaster that occurred in Northern Japan in 2011.

Archive for the ‘Humanitarian’ Category

La lutte sociale des fermiers de Narita dure depuis plus de quarante huit ans

with one comment

Japon, 2012, Nathalie Stucky

« Vous parlez de stresse, mais c’est pire que cela. Voyez par vous même les conditions de vie de ces fermiers. Voyez-vous les barrières qui encerclent leurs terres ? Est-ce un acte humain ? Notre combat s’étend sur le droit fondamental de l’homme. »

Koji Kitahara (92), secrétaire général et leader de la ligue contre la construction de l’aéroport de Narita.

Koji Kitahara (photo Antonio Pagnotta)

Koji Kitahara (91) 

Les avions commencent à décoller aux environ de six heure le matin, sans arrêt jusqu’à vingt trois heure, le soir. Le bruit des avions qui volent au dessus des têtes attire l’attention des visiteurs occasionnels. La majorité des habitations de la région de Narita sont équipées d’un système d’insonorisation. Lorsqu’un avion passe par dessus les maisons, le son de la télévision ou de la radio augmente automatiquement. Les murs des maisons ont été épaissis et insonorisés. Le système de chauffage et de l’air conditionné est aussi installé par la compagnie de Narita et les coûts de l’électricité sont aussi pris en charge. Telles sont les conditions qui se sont imposées pour vivre avec le bruit et la pollution.

Pour décourager et harceler les fermiers qui luttent contre l’achat des terres, la ville de Narita et la préfecture de Chiba ont barré les routes des fermiers en projetant des sites de construction en plein dessus, forçant les fermiers à faire des détours insensés pour se rendre à leurs champs. Une autre forme de harcèlement consiste à encercler les maisons avec des barrières en fer.

L’une des plus grandes luttes des classes qui ait eu lieu au Japon est celle menée contre la construction de l’aéroport de Narita. Cette lutte a aujourd’hui plus de quarante sept ans. Eclatant peu après la deuxième Guerre mondiale, elle représente au Japon, la fusion entre les luttes internes contre le capitalisme et la lutte contre l’impérialisme américain.

Avec la montée en puissance des agressions américaines contre l’Indochine, l’aéroport principale de Tokyo, située sur l’île de Haneda, avait été surchargée par un tiers, voire la moitié du trafique aérien qui provenait des charters et autres appareils militaires américains directement liés à la guerre en l’Indochine. En 1966, le gouvernement du premier ministre Eisaku Sato avait alors décidé de s’emparer d’un village à Sanrizuka, situé à une soixantaine de kilomètres au Nord de Tokyo.

Le terrain sur lequel l’aéroport se trouve actuellement avait longtemps été géré comme propriété de l’Etat sous la juridiction du premier ministre en fonction. Une fois évacuées en avril 1969, le gouvernement remettait les terres à son ministère de la finance. Se débarrasser du ranch impérial de Shimosa Goryo, qui occupait alors la plupart des terres, rendait la tâche plus facile aux autorités qui s’appropriait ainsi comme base de sécurité les 500 hectares de terre pour entamer la besogne. Certaines sources historiques indiquent que lors de la première tentative de saisissement des terres, les forces policières avaient terrorisé la population locale et battu le chef le plus âgé des fermiers, ce qui avaient attiré l’attention et le soutien de milliers de travailleurs et d’étudiants venus des quatre coins du pays pour se joindre à leur lutte.

pancarte anti aéroport en ruine

pancarte anti aéroport datant des années 70s

La décroissance des plaines vertes

Plus de quatre décennies se sont écoulées depuis que le début de la lutte sanglante contre la construction de l’aéroport de Narita. A Narita, dont le caractère chinois signifie «croissance des champs, » des pleines vertes, des vastes champs de légumes et de riz s’étendaient à grandes distances. M. Koji Kitahara avait décidé de s’installer en ces lieux à son retour de fonction dans la marine japonaise. Les terrains étaient ouverts. Il avait 21 ans. Koji Kitahara en a aujourd’hui 91, il est devenu le secrétaire général et leader de la ligue contre la construction de l’aéroport de Narita. Du haut de ses petites jambes frêles et fatiguées, il représente encore et toujours le symbole d’une lutte historique. Peu après la défaite du Japon et des explosions des bombes atomiques de Hiroshima et Nagasaki, il s’en était fallu que d’une courte période de transition avant qu’un changement radical ne s’impose dans la gouvernance japonaise. « Durant ma jeunesse, la défaite militaire du Japon avait ouvert pour les jeunes de ma génération, une nouvelle perspective et nous avait donné une liberté infinie pour un avenir nouveau.» Se rappelle M. Kitahara.

desespoir

comment voir l’avenir

« Le soleil ne s’est pas encore levé sur les idéaux développés durant ma jeunesse » Koji Kitahara, (91)

En 1966 cependant, l’Etat décide de construire un aéroport international à Narita, une province qui se situe à environ 64 kilomètres du centre de Tokyo. En bafouant la loi japonaise sur le droit à la terre, le gouvernement se met à acheter des terrains aux propriétaires légaux sans acquérir la faveur des habitants. Au moment des faits, le Japon possède une loi extraordinaire sur l’expropriation qui protège les habitants des lieux. «La colère du peuple avait éclaté au moment-même où le gouvernement avait commencé à enfreindre ses propres lois au nom du développement technologique et économique. » Explique M. Kitahara. Les fermiers de la région s’étaient présentés chez lui afin de lui demander de l’aide et de devenir le représentant de leur lutte contre le projet de construction. « J’étais devenu une sorte de « maire » pour cette cité qui allait être effacée de la carte du Japon. » Pour Koji Kitahara, si le gouvernement lui-même a quoi que ce soit à se reprocher, c’est qu’il était naturel de devoir se battre afin de protéger les droits-même que le gouvernement lui avait précédemment attribués. « Bien sûr, ajoute-il, personne ne savait si cela allait être possible, mais il fallait tenter la bataille. C’est ainsi que j’ai accepté d’entreprendre la mission que les fermiers m’avaient confiée, et jamais durant ces 47 dernières années je n’ai failli à mon poste. »

Selon M. Kitahara, cinq milles personnes ayant commis des « infractions contre le pouvoir de l’Etat » ont été arrêtées durant la lutte, et une vingtaine de personnes sont décédées du côté des protestataires, galvanisés et soutenus par les membres de l’extrême gauche japonaise, connue pour sa violence inouïe. Les chiffres historiques varient selon les différentes sources opposées. La police nationale a refusé tout entretien avec la journaliste concernant le nombre de morts ou les causes de ces décès sous prétexte que leur media ne faisait pas partie du cercle du Kisha Club ou « clubs de presse, » dont la liberté a commencé à poser problème au Japon depuis l’accident nucléaire de Fukushima, le plus important mondialement après celui de Tchernobyl. (Cf le rapport de Reporter Sans Frontière sur le sujet.)

atterissage au dessus de la tour protestataire

atterissage au dessus de la tour contrôlant les manifestants

La compagnie de l’Aéroport International de Narita dénombre à trois les morts du côté de la police, et n’a pas indiqué les chiffres du côté des opposants. Les portes paroles du Parti Communiste japonais actuel nient également connaître le nombre de morts durant ces luttes historiques, affirmant n’avoir « aucun lien avec les luttes actuelles des fermiers de Narita, ni les précédentes. »

Koji Kitahara conclut d’un air désespéré que ses partisans ont payé leurs efforts de « sacrifices sans précédents. Ce qui s’est passé ici ne peut pas avoir lieu en France. » Affirme-t-il.

Barrière en fer séparant la piste A en construction et la terre de M. Takao Shito (62)

Barrière en fer séparant la piste A en construction et la terre de M. Takao Shito (62)

La demeure de Koji Kitahara se situe dans la ligne qui forme la continuité de la piste A, qui mesure 4000 mètres. Veuf, il habite aujourd’hui avec son fils aîné et sa belle fille. Des portraits peints dans le style maoiste du temps de sa jeunesse, sont suspendus dans la salle principale de la maison. Des vieux souvenirs de la lutte. Koji Kitahara a été arrêté à quatre reprises. Selon lui, il ne faisait qu’exercer son droit le plus légitime. Il attendait de son gouvernement la protection de ces droits fondamentaux. Cependant, la construction de l’aéroport de Narita n’est toujours pas achevée, dû au fait de l’entêtement des agriculteurs qui ne vendent pas leur terre.

Aucun regret

« Le gouvernement offre autant d’argent que les habitants le souhaitent, à condition que qu’ils acceptent l’achèvement de l’aéroport de Narita. » Ce genre de proposition, Koji Kitahara en a reçu plus d’une fois, explique-t-il fatigué. « Mais je n’ai jamais cédé, » ajoute-t-il en reprenant de la force, « dans ces moments, le pouvoir me jetait en prison pour violation de l’ordre publique, je suppose. » Pour Koji Kitahara et ses camarades de lutte, le message est passé dans le monde entier, car des ouvriers Américains, Coréens, et même Chinois, viennent lui rendre un tribut. Sans compter les journalistes venus d’Europe qui couvrent des histoires similaires dans leur pays. Pour Koji Kitahara, la classe ouvrière et les agriculteurs ont besoin d’un syndicat et d’une bonne gestion de leur force pour garder la force de l’union sociale.

choux arroses de kerosene

les choux du dernier champs sont arrosés de kerosene

Certains champs de légumes se situent à l’intérieur-même des pistes d’atterrissage

La terre que M. Takao Shito (62), et son père avant lui louaient à leur propriétaire avait été vendue à la compagnie Narita qui formulait en 2006 une plainte pénale et une demande d’expulsion. Soudés, les fermiers s’entraident en participant aux procès à titre de témoins.

A Tenjin Mine, le champ et la serre de M. Shito se situent actuellement à la frontière de la piste B de l’aéroport de Narita. « Il y avait un chemin à cet endroit, » Explique M. Shito en montrant une barrière en fer haute de 3 mètres coupant ce qui reste du chemin en travers. « C’est la ville de Narita qui a vendu les terres de l’autre côté de cette barrière aux gens de la compagnie de l’aéroport. » Le terrain sur lequel M. Shito cultive ses légumes avait été choisi par les militants communistes et les fermiers pour en faire le quartier général de la lutte, du fait de sa situation géographique. A une centaine de mètres de la serre où il cultive des patates douces mauves, en passant par la broussaille d’herbe trop haute, une tour en acier qui avait jadis mesuré une soixantaine de mètres avait servi de symbole de la lutte contre la modernité. La tour avait été érigée en plein dans la face de la piste B, ayant pour but de rendre la tâche plus difficiles aux avions en phases d’atterrissage. La tour, jadis haute et fière, est aujourd’hui détruite à moitié. Des plantes lui ont poussé le long des barres métalliques, fatiguée mais solide, comme Koji Kitahara qui marche à petits pas prudents sur le sol dont l’herbe lui arrive aux genoux.

M. Takao Shito habitait à Ichikawa et travaillait dans la restauration avant de se rendre à Narita sur les terres que son père cultivait avant sa mort. Le procès de la compagnie Narita contre M. Shito a commencé en 2006. Depuis plus de dix ans, il a vu les constructions s’affairer dans toute la région et autour de son champ. « Je savais à quoi m’attendre en déménageant ici, je voyais déjà les problèmes de mon père avant qu’il ne me lègue sa ferme. » Explique-t-il d’un ton désolé. La société Narita veut s’emparer de 60% des champs de M. Shito en lui payant une compensation en monnaie. Celui-ci rétorque avec conviction que s’il lui manquait 60% de ses terres, il ne pourrait jamais vivre de son métier. « Les bruits des constructions et des avions sont insoutenables, je n’arrive pas à dormir la nuit. Le procès a commencé du temps de son père. Bien qu’il n’ait pas pris fin, les constructions battent leur plein tout autour de son lieu de travail.

Comme lui, il existe encore des agriculteurs qui vivent de leurs cultures. Il est difficile de déterminer le nombre des habitants s’opposant à la construction de l’aéroport. « S’opposer à la construction de l’aéroport c’est comme s’opposer à la politique nationale, c’est pourquoi les hommes comme mon père sont considérés comme des dissidents. Pour parler plus strictement, nous sommes considérés comme des forces antisociales, » Explique Kenji Kitahara.

Du côté des autorités et de leurs alliés

En 1966, le conseil des ministres ayant formalisé la décision de construire l’aéroport international de Narita, projette un aéroport comportant trois pistes. Aujourd’hui, seule l’une d’entre elle est complète dans son entier. Il s’agit de la piste A, mesurant 4000 mètres. La construction de la deuxième piste commence en 1999. Celle-ci devient opérationnelle en 2002, mais prend fin officiellement en octobre 2009, étendue à 2500 mètres au lieu de 2180 mètres en 2002.

En 2001, l’aéroport international permettait le décollage de d’environ 360 avions par jour. Avec la fonction partielle de la piste B en 2002, environ 450 appareils décollaient en direction de l’extérieur. Aujourd’hui, l’aéroport en est à environ 600 décollages par jour. Pour des raisons de sécurité, les portes paroles de l’aéroport de Narita ont refusé de donner les chiffres concernant les coûts des constructions. « La piste B est construite sur un terrain encore habité, c’est pourquoi la compagnie Narita ne peut pas encore étendre sa piste B. Nous ne sommes pas en mesure de savoir quand les terrains seront cédés à l’aéroport dans l’avenir. »

Après maintes négociations au téléphone avec la police locale, celle-ci a refusé de révéler le nombre de citoyens, du côté des opposants et du côté de la police, qui ont payé de leur vie la bataille contre la construction de l’aéroport.

Les portes parole de la compagnie de Narita rapportent à trois le nombre de morts du côté de la police et les chefs de la lutte sociale rapportent à vingt morts du côté des protestataires. Les mêmes sources rapportent que pendant les 47 années de bataille, 5000 citoyens protestataires auraient été arrêtés par la police pour trouble de l’ordre publique.

Chez M. Susumu Hagiwara (65), le chef de la ferme de Toho et directeur général adjoint de la ligue contre la construction de l’aéroport de Narita, des étudiants communistes viennent soutenir le travail des fermiers.

Susumu Hagiwara explique que, comparé aux agriculteurs d’autres régions du Japon, sa famille et lui endurent un stresse supplémentaire et indésirable, comme les procès qui ont lieu deux à trois fois par mois dans d’autres cités éloignées. Les dimanches sont souvent réservés aux manifestations. « Je suis fatigué dans le sens que je n’effectue pas uniquement mon métier qui est celui d’agriculteur. En dehors de cela, je dois m’occuper d’organiser les réunions, les discussions et les manifestations anti-aéroport de Narita. Je fais cela depuis les 47 dernières années. »

Interrogé sur sa santé, Susumu Hagiwara explique que la pollution provenant du kérosène rejeté dans l’air par les appareils ressemble au problème actuel de la radioactivité à Fukushima. « On ne peux pas savoir quels seront les effets qu’auront les gazes résiduaires sur notre santé, sans parler la perte de l’audition. Il est difficile de prouver l’impact qu’auraient, par exemple, les odeurs des pneus qui brûlent au moment de l’atterrissage, ou l’odeur du kérosène sur notre santé ou la santé de nos enfants. Pour nous, il est impossible de mener une enquête scientifique pour le démontrer. Le parti opposé nous répond que cela ne diffère pas de la pollution des villes, avec l’odeur des pots d’échappement des voitures. Notre pays, et même les autres pays ne prennent pas en compte ces problèmes environnementaux. »

Les légumes de M. Susumu Hagiwara sont revendus dans les supermarchés locaux. La société Narita ne conduit bien entendu pas de recherches sur les dangers de la culture organique de ces légumes sensés être « bio. »

Susumu Hagiwara habite à 300 mètres à l’est du site de l’aéroport de Narita, dans sa ferme de Toho.

La loi sur l’expropriation des terres, qui se limite à une quarantaine d’années, a été utilisée d’une manière inattendue en ce sens que les terres ont été acquises de leur propriétaire, avec la promesse d’un paiement sur les frais du bail. Bien que ces terres aient été acquises 15 années auparavant par leurs propriétaires, elles ont ensuite être expropriées afin d’expulser les habitants de ces terres.

« Si les autorités continuent à exproprier les terres des agriculteurs, alors l’agriculture japonaise, qui est déjà réduite à diminuer d’années en années, le Japon aura des problèmes dans le domaine alimentaire. La réponse du gouvernement est l’importation des denrées alimentaires. » S’exclame Susumu Hagiwara.

« Je n’ai rien sacrifié, j’y ai gagné le monde tout entier. » Yoshiro Yagami (34)

Yoshiro Yagami (34) est un ancien étudiant communiste. Il a fait ses études à l’université de Kyushu, dans le sud du Japon. Il venait soutenir les fermiers de Narita, et il a aujourd’hui fini par rester auprès de M. Susumu Hagiwara en trouvant une raison de vivre dans sa lutte. Yoshiro n’est pas marié, mais il se sent heureux. « Si je n’avais jamais rencontré la lutte des gens de Sanrizuka, j’aurais été un homme incapable de vivre sans penser qu’à lui-même. C’est grâce à ma rencontre avec ces paysans démunis de leurs droits que j’ai pu rejoindre la lutte des personnes du monde entier, en dépassant les frontières des nations. Je n’ai rien sacrifié, j’ai gagné le monde en me joignant à cette lutte. » Yoshiro Yagami s’est installé il y a huit ans à plus de 2 kilomètres de l’aéroport de Narita. Avec la loi sur la sécurité de Narita, il n’a pas le droit de vivre à l’intérieur de la zone délimitée.

Une histoire injuste

« Le gouvernement s’était emparé des terres. Cela faisait partie d’un arrangement tordu de la part du Parti Libéral Démocratique (PLD). » Explique Robert Whiting, auteur de Tokyo Underworld, un best seller retraçant la vie d’un soldat Américain d’origine italienne installé dans le Japon de l’après guerre ayant développé des relations avec la mafia locale. Selon ses recherches, certaines personnes liées au premier ministre Kakuei Tanaka, premier ministre au pouvoir entre 1972 et 1974, avaient acheté des terres à Narita, et le gouvernement annonçait soudainement qu’un aéroport international allait se construire à cet endroit. Les prix au mètre carré avaient explosés. « Les personnes qui avaient acheté des terres à ces endroits ont gagné une fortune. Ça, c’est le côté tordu de l’histoire. Et puis, il y avait ces pauvres fermiers qui ne voulaient pas quitter leurs terres, mais ils y ont été forcés. Ça avait mis des années pour les déplacer, mais il y en a encore quelques uns qui subsistent. Kouji Kitahara est un héro, et il ne reste plus aucun héros dans le Japon moderne. » Commente Robert Whiting. « Aucun fermier ne souhaitait avoir un aéroport là-bas à Narita. Il n’y avait pas de raisons de construire un aéroport aussi loin de Tokyo, à une heure et demie du centre ville. (Actuellement 56 minutes avec le Narita Express). Ce que le gouvernement a fait avec ses fermiers avait été injuste. Il leur a enlevé leur terre. » Le Japon a des lois différentes de celles des Etats Unis en ce qui concerne l’expropriation du domaine privé. La loi sur l’expropriation au Japon protège le locataire, on ne peut pas délocaliser une personne de son lieu de d’habitation. » Explique Robert Whiting. Il est possible de déplacer des personnes ainsi dans certains autres pays, dont les Etats Unis, mais il est théoriquement interdit de le faire au Japon. « C’est dans ces moments-là que la mafia japonaise intervient avec efficacité. Mais le gouvernement n’avait aucun droit de délocaliser ces personnes de chez elles. C’est pour cela que M. Susumu Kitahara se trouve encore là. »

Tomio Hagiwara (44) un fermier de Narita

Tomio Hagiwara (44) un fermier de Narita

L’avenir

Les fermiers de Narita ont appris à reconnaître les avions, à force de vivre et travailler au milieu des pistes d’atterrissage et décollage. « Ça ressemble à la Palestine, » explique Tomio Hagiwara (44), en montrant du doigt les bâtiments du quartier de la police anti-émeute qui se trouve de l’autre côté des fils barbelés qui limitent le terrain de son beau-père. Tomio Hagiwara habite à Narita depuis une dizaine d’année, après avoir épousé la fille de M. Susumu Hagiwara, avec laquelle il a eu la petite Momoka, 8, qui participe aux réunions journalières des agriculteurs, sagement assise aux côtés de son grand-père, le vieux résistant. Son père, Tomio a commencé la lutte il y a 24 ans, lorsqu’il était étudiant. Le parti communiste soutenait ces paysans parce qu’il souhaitait gagner les voix de ces agriculteurs. Certaines sources rapportent que les communistes de l’armée rouge japonaise, ou les militants de l’extrême gauche avaient lutté férocement contre les forces de l’ordre. Aujourd’hui, les portes paroles du parti communiste japonais prétendent qu’il n’a jamais eu affaire avec « les incidents impliquant des fermiers de Narita, ni aujourd’hui, ni dans le passé. »

Tomio Hagiwara explique que le parti communiste s’était détaché des opposants sitôt qu’il y avait eu des morts et des blessés. Tomio Hagiwara ne vote plus ni pour le parti socialiste, ni pour le parti communiste japonais. « C’est vraiment fatigant de lutter en permanence. Chaque famille a ses raisons personnelles de se mettre à vendre leur terre. » Tomio Hagiwara est père. Il avoue redouter les accidents d’atterrissage. En avril 2009, un cargo Fedex Express s’écrase sur la piste A, en tentant un atterrissage dans des conditions de vent extrêmes, causant la mort du pilote et du copilote. « Nous avons peur des accidents qui peuvent avoir lieu. J’ai vu un avion dépasser la piste d’atterrissage. Si les avions s’écrasent, ils nous arrivent dessus. »

Tomio Hagiwara pense que sa fille Momoka qui a aujourd’hui huit ans, décidera elle-même si elle souhaite vivre sur les terres de ses ancêtres plus tard. Il explique que s’il était stressé, il ne pourrait pas être où il en est aujourd’hui. « Ce qui me tient bon, sans dévier de mon chemin, c’est l’aide des étudiants communistes, les autres luttes sociales comme les opposants à l’énergie nucléaire, les opposants au site militaire américains d’Okinawa. »

 

Advertisements

Written by Nathalie Stucky

February 22, 2014 at 23:53

Fukushima: Two summers and a winter living with no electricity

leave a comment »

Tokyo – September 11, 2012 was the one year and six months anniversary of the big Tohoku earthquake and tsunami disaster, followed by the Fukushima nuclear accident.

The nuclear disaster has displaced 100’000 people. The nuclear disaster also made huge amounts unusable land in northern Japan for decades to come. Critics in Japan and overseas have largely questioned, whether Tepco has sufficiently considered the tsunami and earthquake risks.

Tomioka town, after the earthquake hit, in 2011 (photo: Naoto Matsumura)

For more than eight months, the 20 km zone around the Fukushima power plant was a forbidden zone where evacuation is an obligation for everyone, except one man. Since the nuclear accident, Naoto Matsumura refuses to leave his farm. At the age of 53, this farmer is physically in a good shape. In the city of Tomioka, in the Prefecture of Fukushima, where he currently lives, there is no water and no electricity. People who can identify themselves as being residents of the evacuated area and members of their families can get inside with a special pass. Reporters have requested these passes by pretending they were “married” or somehow “family related” to the residents who originally lived in the evacuated zone in order to get inside and report how it is. Therefore, Mr. Naoto Matsumura is not the only man going inside the the forbidden zone, however he is still living there in his original home with the animals which he took under his responsibility. The police patrols and the frontier guards do not seem to be very picky on checking the faces and the identities of the people going inside, like foreign reporters, because of the necessary masks and whole body white suits.

Currently, Naoto Matsumura is taking care of three dogs, Taro and Ishimatsu, and a third little orphan he found near the awful cow skeletons, now so sadly famous. Just three weeks ago, Mr. Matsumura was paying a visit to some remote areas of Tomioka town, and he said “the poor dog probably got a skin or fur infection. It was lying there in the middle of the dead cows, it looked sad and depressed. Its fur had gone off, and it looked skinny. When I approached it, it didn’t react aggressively, on the contrary, it looked happy to find a man, alive. So it followed me into my pick up truck and I took it home and fed it.” Mr. Matsumura called it “Kiseki”, the word for “Miracle.”

Tomioka town, after the earthquake hit, in 2011 (photo: Naoto Matsumura)

The dead cows spot where “Miracle” was probably found by Mr. Matsumura three weeks ago. Reportedly, the place was full of germs and worms. Miracle probably caught a diseases while staying there. (photo: Naoto Matsmura)

The poor little Kiseki aka Miracle, will probably never be adopted by anyone in Japan, like some other Fukushima dogs had been recently. It looks too ugly, nobody would want it in the living room or even in one’s garden. He can only live in the Fukushima no-go zone, counting on the gentle voice and love of Mr. Matsumura, and his two companions, Taro and Ishimatsu, which accepted it pretty well, because they suffer the same misery.

Other than the team of four, who often stay together, there are additional 30 or so cats, which are much more independent and learned to live pretty much in the wilderness, but which still count on the hands of Mr. Matsumura to be fed occasionally.

Tomioka town, Fukushima, 2011 (photo: Naoto Matsumura)

The Fukushima “lesbian” ostriches

Another photo of the famous ostrich of Fukushima, in 2011 (photo: Naoto Matsumura)

There are two ostriches, two females. One of them got a big egg recently, but it was technically not fertilized and so will never be the next eggs.

Seventy Five Cows and a Pony

Mr. Matsumura also has a little pony, called Yama, like the mountain. As for the famous cows, there are now 60 males and females and happily 15 healthy calves.

“Today, I had a visit from a reporter of Friday Magazine, so I had some human encounter, but those guys leave when it becomes dark, so it isn’t fun.” Mr. Matsumura never complained, but he admitted that the summer had been tough, the water from the well dried up. No air conditioning, no television, no water. “I still eat exclusively precooked food, cup noodles, instant curry and so on. I go to my attributed evacuation home only 2 or 3 times in a month.”

Naoto Matsumura said he dares not ask for help to anyone, since doing anything inside the no-go zone can affect one’s health, due to the high radiation rate. However, his NGO partners had left him aside lately, and he is dealing with the feeding all by himself. He said sometimes he receives donation pet food from Japanese nationals who support him and encourages him. He has stayed in good contact with “Gattsu Fukushima” and its leader Endo-san, but his own NGO “Ganbaru Fukushima” had had only one active member until recently, and it was himself. Time passes by slowly indeed. But the Fukushima nuclear accident has caused the forced evacuation of more than 100,000 people in Fukushima. Many will never step their foot back in their home land again. The left behind are the animals. “We cannot do anything about them, this is a no-go zone,” the authorities had said. But Mr. Matsumura continues to feed those animals left behind. And he will continue to operate inside the town until someday action will be finally taken by authorities and the Japanese people to rebuilt this region of Fukushima, with decontamination of the soil, and reconstruction of the houses.

Naoto Matsumura helping cows to give birth, around spring of 2012. (photo:  Munesuke Yamamoto, a photo journalist.)

Written by Nathalie Stucky

September 11, 2012 at 23:14

Press Release Reporters Without Borders JAPANESE

leave a comment »

05.23.2012

 

日本

 

国境なき記者団 

プレスリリース 05.23.2012

 

 

フリーランス 福島第一訪問で差別に直面 

 

 

国境なき記者団は、東京電力そして日本政府の日本人フリーランス・ジャーナリストに対する差別的な対応について強く批判する。

今月5月26日に予定されている昨年3月11日の津波と地震で大打撃を受けた福島第一原子力施設内部への第3回目プレス・バスツアー。同ツアーには、約40人の記者が参加。その内、わずか2人のフリーランスに入域許可が下りた。
大手メディア所属のTVカメラマンや写真家などの参加は認められている一方、この2人のフリーランスに関しては、スチール・カメラそして撮影用カメラの所持そして撮影は禁止されている。

 

参加予定のフリーランスライター 畠山理仁は「国境なき記者団」との対談で、代表カメラによるムービー4台、スチール4台の撮影が許可されていることを指摘。しかし、報道機関に加盟していない同フリーランスに関しては、如何なるカメラ機材も持ち込んではならないと条件付けられた事実を語った。

「このような明白な差別は、隠れたところで行われている密かな情報統制であり、受け入れることは出来ない」、国境なき記者団は抗議した。

「原発水素爆発の事故から一年経過した現在でも、政府関係者や東京電力は原子炉のメルトダウンによる原発施設、人体、そして環境への影響などに関する情報を極めて著しく統制している」

 

「政府側の言い分はまったく根拠がなく合理性に欠けたものである。情報にアクセスするという権利は、憲法第21条に記載されている事実であり、メディアそして市民ジャーナリズムに携わる全ての人々に適応することである。数人の選別された人だけに与えられる特権ではない」

 

「論理的な視点から、原発施設視察に関して規制が課せられるというのは理屈のつくものである。が、その規制が日本のフリーランスや外国報道陣に対して使用されるバイアス(偏見・差別)とはなってはならない。我々は政府にこのような差別に基づいた規制を即座に中止するように追及し、更なる人数のフリーランスが今月26日の訪問に参加させるように求めた」

 

「そして、入域を許可されたフリーランス2人に対してはカメラ機材の持ち込みを認めるように要請した」

昨日(22日)の、国境なき記者団とのやり取りの中で、園田康博・内閣府大臣政務官は2人のフリーランスがカメラ機材を持ち運び、撮影することを禁止する姿勢を全面的に表明し、規制を掛ける幾つかの理由を述べた。

 

まず、第一に、特別にチャーターされた2台のバスが用意されている事実にも関わらず、園田政務官は「十分な場所がない」ことを理由に挙げた。そして続いて、時間の問題もあると指摘。カメラやビデオ機材は現場で核物質防護上の観点から特別に管理されなければならず、余りにも多い数の機材が持ち込まれるとなると出発時間を大きく延長させると説明した。

 

フリーランスの畠山は、今回、報道陣が防護服を着用し4号機建屋から70~80mの距離でバスから10分間降車しての取材が行なわれることを説明した。

 

東京電力そして日本政府がメディアに対して差別的な対応を取ったのは今回が初めてではない。昨年2月、2回目の報道陣による福島第一原発施設内訪問では、初回のツアーでは排除されていた外国人ジャーナリストらに対して、放映する前に必ず撮影した画像などを事前チェックさせることを要求していた。

外国報道陣、フォーリン・プレス・センターそして外国特派員クラブの会員からの強い抗議の末、そのような事前チェックは取り下げられた。

 

原発事故から一年後、相変わらず、新聞協会や報道局に加盟している記者らと比べて、フリーランス・ジャーナリストらは更に厳しい報道規制を課せられている。

海外報道陣も例外ではない。

 

国境なき記者団が毎年調査している「世界報道自由レベル インデックス」の2011-2012年版で、日本は179カ国中、22位だ。

 

 

Contributed by  瀬川牧子

 

Reporters Without Borders / Reporters sans frontières

 

Press release / Communiqué de presse

 

05.23.2012

 

ENG: http://en.rsf.org/japan-freelance-journalists-face-23-05-2012,42669.html
FRA: http://fr.rsf.org/japon-tepco-et-le-gouvernement-japonais-23-05-2012,42668.html

Written by Nathalie Stucky

May 25, 2012 at 17:37

Posted in Humanitarian

Matsumura-san Car Accident Two Weeks Ago: Bumped Cow at Night Inside Red Zone

with one comment

Tokyo – February 9, 2012

Mr. Matsumura had a car accident with his white Suzuki pick up truck about two weeks ago. He is too Japanese and shy to have mentioned it earlier. A source informed me. I called to confirm:

It was at night (complete darkness), inside the red zone, “about two weeks ago”, Matsumura was not driving fast, however he bumped into a cow on the road. The cost for the car reparation amounted 230’000 Yen(23万円)($3000). The cow was fine.

So, I asked him if he was in financial difficulties, he said yes is a small voice. I said donors can help him with the train fee for Shinkansen Tomioka-Tokyo, Tokyo-Tomioka, on the day of the conference. He answered: “No, it is okay, it will be too complicated” (いいよ、面倒だから)

I thought it is a typical Japanese answer that truly means “Yes, it would help me”, but he says the exact contrary. So I said “donors can help him with the train”.

Nathalie and Kyoko

Written by Nathalie Stucky

February 9, 2012 at 17:07

Posted in Humanitarian

Inside the Forbidden Zone around the Fukushima Power plant: Naoto Matsumura

leave a comment »

KORIYAMA, Japan — Naoto Matsumura is tired of being accused of madness for refusing to leave his farm in the shadow of Japan’s still-leaking Fukushima nuclear plant.

“I’m not crazy,” insists the 52-year-old, who claims he is the only person living in the no-go zone around the crippled reactors on Japan’s tsunami-ravaged northeast coast.

As far as he knows, everyone else heeded the government’s calls to leave the 20-kilometre (12-mile) exclusion zone around the plant, where nine months on from the disaster, technicians are still working to bring things under control.

Since everyone else left he has been alone near the town of Tomioka, save for around a hundred cats, a dozen dogs and hundreds of cows, pigs and chickens abandoned by their owners.

Matsumura is aware that the doses of radiation he probably absorbs every day are dangerous. But he says he is less afraid of the radiation than he is of being deprived of his cigarettes.

“I like smoking. If I quit smoking right now, I may become ill,” he laughed.

With no electricity, he carefully rations the fuel he buys in a nearby city for his vehicle and his generators.

His only day-to-day link with the outside world is his mobile phone.

He worries that the coal left behind by his neighbours might not last out the increasingly bitter winter weather as temperatures in the region continue to fall.

Speaking to AFP in the city of Koriyama, outside the restricted area, the hermit appears to be in good health, despite the harsh conditions he has imposed on himself.

Tens of thousands of people left their homes around the plant when the earthquake-sparked tsunami of March 11 swamped its cooling systems, sending reactors into meltdown and spewing radiation into the air and sea.

Large parts of the evacuation zone are likely to remain uninhabitable for a long time to come, perhaps decades.

Matsumura says he fought against being evacuated from the area that he calls home and eventually received permission from authorities to come and go as he pleases.

In the panic that surrounded the evacuation of Tomioka on March 15, many people had neither the time nor the resources to do anything about their farm animals and pets.

He says his biggest concern is for those animals, which are facing a winter without shelter or food.

“These animals need human beings. The food that I have will not be enough to last until the end of December,” he said.

“They need shelter and food, but I’m the only one taking care of them, when it should be the role of government,” he said.

Matsumura says nine months after the area was evacuated, he is still shocked when he discovers the bodies of animals.

“I have seen many animals dying, from disease or hunger, some left tied up. I saw cows who were still able to eat grass where the rope around their muzzles had cut into the flesh as the animals have grown. These creatures are bleeding to death.”

One of his friends begged him to go home to free the twenty canaries he had left in a cage. “When I entered the house, it was too late. They were all dead.”

Matsumura says he is not lonely. He has been separated from his wife for ten years and his grown-up children live in Saitama prefecture, near Tokyo. They are worried for him, but he refuses to leave.

“I am never bored or depressed. I got used to being alone and lonely,” he said.

As evening falls and the area is plunged into darkness, Matsumura finds himself at a loose end.

“I go to bed very early, around 7:00 pm, because I cannot do anything anyway.”

In the morning, he rises with the sun and, followed by his dogs, spends half the day feeding the animals.

He himself eats mainly canned food and rice, because everything that grows on the ground is contaminated. “My diet is not really very good,” he admits.

He regularly drives outside the restricted area to buy cigarettes and food.

“Some Japanese media have tried to make me look foolish by saying that I was eating contaminated mushrooms. But in reality, I pick them up to give to researchers. I’m not crazy,” he said.

Matsumura says he would like the government or plant operator Tokyo Electric Power (TEPCO) to come and pick up the dead animals.

The answer he gets when he asks is always the same.

“‘Sorry Mr. Matsumura,’ they say,’we cannot do anything inside the exclusion zone.'”

The future of his town is not a bright one, he says. He thinks Tomioka, like other places that have been evacuated, will one day vanish from the map.

And he knows exactly what is to blame for that.

“I do not want the power plant to start working again. I want the place to disappear.”

Written by Nathalie Stucky

December 20, 2011 at 20:15

Posted in Humanitarian

Renaissance et espoir économique sur les côtes Japonaises dévastées par le Grand Tsunami du 11 mars dernier

leave a comment »

Ofunato, le 31 août 2011, Nathalie-Kyoko Stucky

Au marché au poissons de Ofunato, Madame Shoko Tada, 52 ans, a un sourire aux lèvres ce matin. Depuis 6 heure du matin, elle est une des rares femmes affairée dans le hall du marché aux poissons de Ofunato, cette ville qui a été dévastée il y a six mois par le grand Tsunami qui a ravagé la côte nord du Japon: “Je suis heureuse d’avoir retrouvé un travail ici”. Ce matin, un bateau de pêche venu de Hokkaido leur a livré une cargaison de poisson “sanma”, des poissons-couteaux du Pacifique, fins et brillants comme des lames d’argents, très appréciés au Japon à cette saison.

Il y a six mois, le Japon tout entier a vécu un désastre humanitaire qui a été décris comme étant le plus grand traumatisme national depuis la deuxième Guerre mondiale. Des milliers de personnes ont perdus leur vie lors de cette catastrophe, et encore aujourd’hui, on ne connaît pas le nombre exacte de disparus. Combinés avec l’accident nucléaire de Fukushima, qui n’est lui non plus pas encore entièrement résolu, la nation toute entière vit dans une peur constante que le gouvernement ne lui annonce une autre mauvaise nouvelle. L’ancien Premier Ministre Naoto Kan a dû céder sa place il y a une semaine à l’ancien Ministre de la Finance, Yoshihiko Noda, parce que son cabinet n’avait pas su prendre en main la situation. Depuis le mois de mars dernier, bien que la situation se soit bien améliorée à Tokyo, cette mégalopole jadis connue pour ses néons et ses “conbini” ouverts 24 heures sur 24, permettant au consomateur de se satisfaire à n’importe quel moment de la journée, est devenue bien plus modeste, et la fureur lumineuse s’est bien éteinte. Les habitants du Japon font face à une grande crise économique et environementale qui les a poussé à apprendre à économier l’energie et à trouver un moyen de ne plus dépendre de l’énergie nucléaire. Partout dans les métros souterrains ou dans les lieux publiques, on pratique le “setsuden”: les trains circulent un peu moins fréquement à certaines heures, afin de permettre aux usines de fonctionner durant les heures cruciales de la journée.

Le grand tsunami qui a ravagé le port de Ofunato le 11 mars dernier a aussi eu un grand impact sur l’industrie du poisson dans cette région. La plupart des bateaux de pêches ont été emportés par le tsunami: “Nous ne vendons que la moitié de ce que nous gagnions avant le tsunami”, nous dit-elle avec un peu de timidité dans la voix. La peur de la présence de poissons radioactifs dans la régions avait également conduit les consomateurs Japonais et étrangers a boycotter les produits de mer pêchés dans cette région du nord.

Le marché aux poissons de Ofunato s’était retrouvé 15 mètres en dessous du niveau de l’eau le 11 mars 2011, mais avec l’aide d’une centaines de travailleurs bénévoles et le courage des survivants de la région, les pêcheurs ont pu remettre sur pied le port de Ofunato depuis le mois de mai.

Monsieur Kazuushi Nagazawa, 59 ans, un responsable du port de Ofunato dont les deux enfants travaillent à Tokyo nous dit qu’environ “dix pourcent des pêcheurs aujourd’hui sont venus de Rikuzen Takata au port de Ofunato”. Le port de Takata n’étant pas encore reconstruit, les travailleurs se partagent le travail qu’il y a au port de Ofunato: “Ces poissons-couteaux du Pacifique (sanma) sont pêchés dans les eaux proches de la Russie, à Hokkaido où ils sont vendus à leur plus bas prix. Mais vendus ici, plus au sud, leur prix augmente d’environ 20 à 30%, et sont distribués à Iwate, Miyagi puis dans le Kanto et à Tokyo”. En pointant du doigt un document officiel affiché sur l’un des murs débridés du port, Monsieur Nagazawa nous dit que les consomateurs de Tokyo ne sont plus aussi paranoiaques concernant le taux de césium que pourraient contenir les poissons: “Les authorités contrôlent la radioactivité présente sur nos poissons une fois toutes les deux semaines, en mer, et nous indiquent que le taux ne dépasse pas la limite légale de radioactivité”. “De plus ces poissons-couteaux sont pêchés bien loins des eaux proches de la zone du désastre nucléaire de Fukushima”.

En utilisant le port de Ofunato, les marchants de Hokkaido peuvent économiser la moitié de leur essence et coûts de transport en vendant leur poissons-couteaux du Pacifique dans cette région qui est plus proche en distance que d’autres ports situés plus au sud.

La renaissance du marché aux poissons de Ofunato permet aussi aux habitants et aux travailleurs de la mer de Rikuzen Takata et Ofunato, de retrouver du travail dans cette zone où le tsunami a ravagé toute la côte connue pour ses magnifiques pins rouges (matsu no ki). Monsieur Nagazawa nous dit qu’eviron 10% des 300 à 400 personnes qui travaillent au marché au poissons aujourd’hui viennent de Rikuzen Takata: “Nous autres, de Ofunato, nous les avons accueilli dans notre port afin de leur permettre de se reconstruire”.

Monsieur Azuma Higashi, un capitaine de bateau, 62 ans, nous parle du courage des hommes de mer en exhibant les muscles saillants de ses bras: “Nous les marins, nous sommes des hommes durs, nous n’allons jamais nous laisser abattre”. “Environ 80% des bateaux ont été détruits ici, j’ai vu le mien tournoyer dans un tourbillon d’eau quand le tsunami est arrivé, mais il est resté intacte. J’ai beaucoup de chance, d’habitude, je prie énormément les dieux de la mer, c’est pourquoi je pense qu’ils ont épargné mon bateau et ma vie”.

Monsieur Nagazawa nous dit que beaucoup de marins ont réussi à se sauver à temps du tsunami, parce qu’ils savaient instinctivement ce qui allait se produire dans les minutes qui allaient suivre le tremblement de terre et la violence avec laquelle la mer allait les engloutir. “Mais beaucoup de victimes qui travaillaient en ville étaient sûrs que le tsunami n’allait pas les atteindre où ils se trouvaient, aussi loin à l’intérieur des terres”. Pour reconstruire des nouveaux bâtiments dans les alentours du port de Ofunato, les authorités locales ont l’intention de rajouter de la terre sur le sol dévasté, puis reconstruire sur environ deux mètres de hauteurs en plus qu’auparavant. Les habitants de la région sont maintenant inquiets de la saison des typhons qui sont violents à cette saison de l’année.

Nathalie-Kyoko Stucky, au port de Ofunato, le 31 août 2011

Written by Nathalie Stucky

October 4, 2011 at 12:12

Posted in 3.11, Humanitarian

Coping with the Rise of the Chinese Military Power

leave a comment »

August 25, 2012 Japan Ground Self Defense Force exhibited their capabilities in Shizuoka at their annual exercise.

By Nathalie-Kyoko Stucky
Friday, September 9, 2011
SNA (Tokyo) — With China’s emerging economy and its growing military role, Japan, while exhausted in tackling the great tsunami and nuclear disasters, has to put the defense policy back on its agenda once again.
This was the perspective presented by Masayuki Masuda, a Senior Fellow of the Research Department at the National Institute of Defense Studies in a wide-ranging press conference held at the Foreign Correspondents’ Club of Japan on Thursday.
Masuda suggested that Japan’s triple disaster of March 11 has reinforced the nation’s tendency to look inwards, and that the Chinese government may take this as “a window of opportunity” to push its own regional agenda, particularly in regard to the disputed Senkaku-Daioyu Islands.
Masuda says that, from a Chinese point of view, Beijing showed an immense degree of goodwill in trying to help Japan recover from its disaster, but that the hand of friendship was to some degree rebuffed. This means that some in the Chinese navy who were willing to show forbearance on territorial disagreements in the immediate wake of 3.11, now believe that military exercises “cannot be postponed any longer.”
Masuda is also concerned about the trends in military budgeting.
While the US military budget is still higher than the rest of the world combined, China’s economic growth and its commitment to upgrade its military power indicate that this situation will not continue much longer.
He says that the Japanese Ministry of Defense currently projects that in the year 2030 Beijing’s military budget will be twelve times higher than that of Tokyo.
Few analysts believe that the United States will be able to maintain to massive military expenditures in future decades either.
The bottom line is that China can be expected to grow in stature as a regional military power in coming years and that Japan needs to “change its way of thinking” which has been “predicated on the assumption that the US military forces are overwhelmingly more powerful than any other military force in this region.”
Japanese defense strategies need to be reviewed with these trends in mind, he says.
Should the rise of Chinese military power be seen as a threat?
Masuda is concerned, but he also points out some positive aspects.
On the one hand, Beijing’s attitudes seem to be hardening towards neighboring countries with which it has territorial disputes. He perceives a situation in which “China is using its military power in order to back up diplomatic activities.”
But on the other side of the ledger is that China shares many common interests with the rest of the world’s states, and so, for example, the Chinese navy has been responsible for protecting over 4,000 ships from Somali pirates in the Gulf of Aden.
Overall, Masuda believes that Japan should endeavor that its relationship with China not be entirely confrontational, but that areas of potential cooperation should also be explored.
“It is important to develop a relationship of trust between the military forces in Japan and China.”
Nathalie-Kyoko Stucky is a staff writer at the Shingetsu News Agency.

Written by Nathalie Stucky

September 10, 2011 at 14:03

Posted in Humanitarian