nathalieandkyoko

We post stories about the the Great 3.11 Disaster that occurred in Northern Japan in 2011.

Note au Journal de Bord Tokyoïte (Juin-Juillet 2011)

with one comment

Cher Journal,

Je profite de ce jour de répit pour t’écrire une petite lettre pour t’expliquer toutes les choses qui me sont arrivées depuis que je suis à Tokyo.

Pour résumer, voici :

Depuis le 2 juin, j’ai habité en colocation avec mon amie Amélie Spinoza (prénom et nom fictifs) pendant un mois à Ikebukuro, dite « la ville des dames âgées ». Amélie est une fille Hollandaise, moitié Française de Bretagne de par sa mère.

Dans la semaine qui a suivi mon arrivée, j’ai eu un entretien avec les gens de Thomson-Reuters et Bloomberg. J’ai aussi été convoquée pour passer leur test de connaissance en économie et finance, comme ils cherchaient à engager des journalistes et des futures journalistes analystes financiers. On m’a donné une semaine pour apprendre dans le « Bloomberg Way », les techniques d’écriture et les thèmes qui intéressent les agences qui couvrent la finance. J’ai beaucoup aimé travailler avec Reuters, et j’ai rencontré deux géniaux Japono-Américains, mais couvrir la finance ne s’est pas trouvé être mon bonheur absolu.

Après un mois à Ikebukuro, ne rencontrant que des étudiants, doctorants et chercheurs/euses en neuroscience et technologie de l’entourage d’Amélie, j’ai réalisé que je ne pouvais pas tirer de ces personnes, une opportunité de travail dans les média et la communication. J’ai donc décidé de déménager dans un « monthly mansion » à Harajuku, dite « la ville des jeunes folles », le centre culturel de la ville. Là, je pensais rencontrer d’autres étrangers dans la même situation que moi, c’est-à-dire des jeunes à la recherche d’un travail à Tokyo. La chambre d’appartement est jolie, confortable et silencieuse. Nous vivons à cinq dans un grand appartement où nous partageons la cuisine, les WC et la douche. Je paie 660.- FRS par mois. C’est en début juillet que j’ai rencontré Monsieur Georges Baumgartner, notre héro national, qui est président du Foreign Correspondents’ Club of Japan (FCCJ) et seule personne qui puisse attribuer des cartes de presse à des invités qu’il choisi. Je lui ai expliqué ma situation et il m’a offert une carte de membre au Club de Presse du Japon pendant un mois. C’est un club qui se trouve au dernier étage d’une énorme tour de 20 étages. C’est de là que Georges Baumgartner nous envoyait les détails en direct du grand tremblement de terre du 11 mars sur notre nationale Radio Suisse Romande. Il y a toujours sa petite cabine avec son microphone, juste à côté de la bibliothèque des journalistes.

Ici, j’ai d’énormes privilèges : j’ai accès à la bibliothèque qui détient toutes les informations possibles et imaginables sur les nations Asiatiques, il y a une liste de journaux internationaux et nationaux (Japan Times, Daily Yomiuri, etc) et une longue série de magazines hebdomadaires mondiaux. Grâce à Georges Baumgartner, j’ai le droit d’accéder aux conférences de presse qui se tiennent ici. Il y a des grandes célébrités qui viennent parler au FCCJ. Il n’y a pas encore eu Naoto Kan, mais par exemple le président du Comité International Olympique, Madame Sadako Ogata ex-Haute Commissaire aux Nations Unies pour les Réfugiés, aujourd’hui présidente de JICA (Japan International Cooperation Agency), le président de la fondation Osamu Tezuka, un dinosaure de l’animation Japonaise, la cheffe du Parti Social Démocratique (SDP), etc… Et surtout, j’ai accès au fameux Bar de la Presse où les repas sont exclusivement réservés aux membres et les prix sont plus avantageux qu’au dehors.

Là, j’ai eu l’occasion de rencontrer des journalistes du monde entiers, qui sont spécialistes du Japon. Ces reporters « sans frontière » sont ceux qui sont allés au front des évènements chaotiques qui se sont produits ici, ils sont allés, au lendemain de l’explosion de la centrale de Fukushima, vérifier les faits par eux-mêmes et transmettre au monde ce que le gouvernement Japonais tardait à révéler à son peuple. Beaucoup savent qu’ils ont reçu des fortes doses de radiations, mais ils ont fait leur métier. Sinon, plus calmement, les conférences de presse au Club sont données avec un service d’interprétation simultanée, et aussi en Anglais. Beaucoup de journalistes m’ont présenté à des journaux Japonais qui éditent aussi en Anglais afin que je puisse commencer à écrire pour eux. Mais la plupart des journalistes ici me disent que je devrais tenter le vidéo-reportage télévision parce que je parle le Japonais aussi bien que l’Anglais. Il y a un journal Syrien qui cherche une assistante qui sache parler et lire le Japonais, mais je sais pas si je rempli tous les critères d’engagement. Il y a aussi la porte parole de Nissan-Renault qui cherche une assistante qui sache le Français et le Japonais pour travailler avec elle entre Londres et Paris.

Autrement, avec le désastre humanitaire, il y a des banques privées Suisses et des riches Japonais du Rotary de Tokyo qui organisent des soupers de gala pour monter des fonds pour les victimes du tsunami, il s’agit de soirée mondaine avec ventes aux enchères etc. Comme ces gens travaillent en partenariat, et comme je parle le Japonais, l’Anglais et le Français, je les ai aidé à organiser une soirée mondaine à Roppongi Hills, Monaco, et une prochaine à Seattle. Ce n’est pas un travail qui me passionne et ce n’est qu’un job temporaire, mais c’est intéressant pour moi de voyager à leur frais. J’ai aussi rencontré un monsieur du Rotary de Tokyo, et je lui ai dit que s’il souhaitais visiter Lausanne, je pouvais le mettre en contact avec les dames de l’Inner Wheel de Lausanne, comme ma grand-mère Suisse en fait partie.

Comme je me suis créé un réseau avec des personnalités dans le milieu des media étrangers, j’ai décidé de quitter mon appartement à Harajuku, dite « la ville des jeunes folles », et de retourner vivre avec Amélie à Ikebukuro, dite « la ville des dames âgées ». Car même s’il n’y a pas le grand Temple Shinto « Meiji Jingu » juste à 5 minutes à pieds de chez moi, son appartement me coûterait moins cher comme nous le partageons, et je n’aurais pas à craindre la saleté de la cuisine que j’utilisais en commun avec 5 autres jeunes. Chez Amélie, je me sentirai plus à l’aise.

Amélie Spinoza a 29 ans, et termine son doctorat en neuroscience dans une des meilleures universités en sciences et technologie du Japon. Elle habite seule dans un appartement pour deux personnes depuis qu’elle s’est séparée de son ami Anglais Chris Parker (prénom et nom fictif). Donc nous nous rendons mutuellement service elle et moi, comme je paie la moitié de son double loyer. Chez elle je ne paie que 550.- FRS par mois, et pourtant elle habite à 20 minutes à pied d’un grand quartier Tokyoïte ! C’est très convenable, sa cuisine est impécable et il y a un bon super marché juste en bas de chez elle. Je ne manque de rien.

Les journalistes étrangers du Club qui écrivent pour les pages culturelles m’emmènent visiter des spectacles traditionnels ou modernes Japonais ou parfois je vais dîner avec des journalistes Japonais qui m’aident à me familiariser avec les sujets médiatiques Japonais. Je remarque que les sujets traités par les média étrangers sont différents des sujets qui intéressent la TV nationale Japonaise (NHK), par exemple. La TV-Radio nationale est quasiment aussi opaque que l’agence gouvernementale Chinoise. Ca fait peur ! Cependant, ils ont un service radio pour le Français, l’Anglais et le Chinois. Leur couverture est assez pauvre mais pour moi, il s’agirait d’une opportunité de carrière, et je suis toujours partante pour tenter une nouvelle expérience. Au Japon, on se forme « sur place », comme le disent les gens ici. Chez Nestlé, on forme un jeune à devenir porte-parole de Nestlé avant qu’il ne prenne la position. Mais au Japon, celui qui décroche la position de porte-parole ne connaît rien du métier le jour où il commence. C’est à lui d’apprendre le savoir-faire en observant son prédécesseur. S’il fait une erreur, c’est mal parti pour lui ! C’est le meilleur qui reste. En d’autre terme, si on est choisi en fonction de notre originalité ou notre talent, détecté par le recruteur au moment de l’entretien, on entre dans la boîte et on apprend ensuite ! C’est pourquoi il faut séduire le recruteur en lui exprimant notre détermination avec force et passion, sans pour autant vouloir se détacher du reste du groupe ou démontrer trop d’ambition. Si je tente de sortir de l’espace qu’il m’attribue, je serai vite remise à ma place d’un coup de marteau : « Quand un clou dépasse de la planche de bois, on le frappe pour le remettre à sa juste et utile position ». Donc, il ne faut pas trop chercher à prouver qu’on est meilleur que les autres. Ca ne sert à rien, on est pas en Amérique ou en Europe où le meilleur prend la grosse part du butin. Ici, le butin, on le partage avec le groupe.

Nathalie et Kyoko

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Written by Nathalie Stucky

July 18, 2011 at 17:19

Posted in Nathalie

One Response

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  1. C’est un parcours qui m’impressionne et me fait envie à la fois. Trouver un travail qui plus est dans le journalisme et la communication à Tokyo, se faire un réseau ici ce n’est pas donné à tout le monde. Ça me parait être un monde si loin. En tout cas, bravo !

    Amélie-Marie

    March 3, 2014 at 11:12


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